L’accoutumance aux émotions

En voilà un titre barbare me direz vous ! En effet, mais j’avais vraiment envie de taper cet article avant que les idées ne s’évaporent de ma tête.

Il y a quelques jours, en cours de philo, mon prof a eu ces mots : « Chez les grecs, le théâtre antique, c’était de la folie ! Lors des tragédies, le public allait jusqu’à s’arracher les cheveux à cause de la catharsis ! C’est sûr, nous maintenant on est habitués avec la télé, on n’a plus ces réactions. »
Là à débuté ma réflexion. Pourquoi cette accoutumance aux émotions, et à la violence? (N’oublions pas que les tragédies étaient quand même assez violentes !)

Dans l’Antiquité, le théâtre se divisait en deux principaux genres : la comédie et la tragédie. Les comédiens étaient tous des hommes, et portaient des masques. Le théâtre aspirait à « purifier » l’esprit des spectateurs en exerçant la catharsis, c’est-à-dire que les spectateurs, voyant sur scène des trahisons, des incestes, etc, vivaient en quelque sorte la vie de ces personnages, ce qui avait pour effet de leur faire prendre conscience de leurs torts et qu’ils conservent une sorte de droiture morale.
Le théâtre a continué de se développer, en gagnant le reste de l’Europe, et au fil des siècles le monde.
Au XIXème siècle, « L’enfant du Siècle », Victor Hugo, décrit dans la préface de Ruy Blas trois types de spectateurs : les femmes, les penseurs et la foule. Pour lui « la foule demande surtout au théâtre des sensations; la femme, des émotions; le penseur, des méditations ». On y retrouve les mêmes demandes et effets que dans le théâtre antique.
Cependant, Ruy Blas est l’une des premières pièces de théâtre où des personnages sont tués sur scène. Cette nouveauté est suivie d’une autre en 1896, avec la première d’Ubu Roi d’Alfred Jarry. Cette comédie met en scène le père Ubu, individu grossier et méprisant, qui, dès son apparition sur scène, se fend d’un « Merdre ! » dès son apparition sur scène. Ce fût la 1ère fois qu’une pièce contenant autant de grossièretés, et ce dès la 1ère réplique, était jouée sur scène.

Vient l’apparition du cinéma, d’abord muet, comme les films de Charlie Chaplin, puis les films parlants.

Avec l’avancée de la technologie, la télévision apparaît, et se propage dans les foyers. Une chaîne, puis plusieurs, en noir et blanc. Demandez à vos parents, nombre de papas de la génération 50-60 ont dû aller voir chez leurs amis qui avaient la télévision le jeudi après-midi, le fameux Zorro, sur son fier Tornado, défier les méchants et aider les pauvres !
Puis la télévision en couleur arrive, avec après le Club Dorothée et toutes ces autres émissions.

Vous ne voyez peut-être pas où je veux en venir, avec tout cet historique du divertissement ?
Et bien c’est très simple.
Quand vous allumez votre télévision maintenant, que voyez vous le plus souvent ? De la télé-réalité (qui n’a plus rien de réaliste à mon avis, ou alors l’espèce humaine est très mal barrée !), des séries « romantiques » et autres séries, et quelques reportages, dont régulièrement la rigueur est à revoir, exception faite de Fr2 et Fr3. Sans parler des fictions du soir.
Et qu’est-ce qui est récurrent dans ces programmes ?
– Dans la télé-réalité, les protagonistes sont tous basés sur plus ou moins la même chose : une personne, pas forcément belle, peu -ou pas- cultivée, faisant le plus de frasques possibles afin de se faire remarquer, avec un langage de charretier et parfois ne savant à peine parler correctement  français !
Le but recherché de ces émissions me parait incompréhensible. Mais pourquoi des producteurs font ça ? Ah oui, pour faire de l’audimat.
– Les séries sentimentales… Mon Dieu, mais que d’embrouilles incompréhensibles ! Machin a couché avec Truc, mais Bidule l’a appris et pour se venger d’un coup bas de Machin, le dit à tout le voisinage ! Mais sérieusement, quel intérêt ? Quand je vois que des séries comme Deseperate Housewives ont un succès fou, je me demande comment des téléspectateurs peuvent passer leur soirée à regarder ça !
– Les séries policières restent pour moi plus « morales », même si certaines font dans l’ostentatoire, avec des cadavres immondes à tous les étages, et des fous pathologiques. Mais qui dit « policier » dit « délit » et/ou « crime », ce qui implique forcément de la violence, même non montrée à l’écran.
-Ahhh, les magnifiques documentaires… Du genre « Tellement vrai »… Dès que l’on connais un peu le sujet, les informations erronées se multiplient. Et ça se dit être un documentaire… Heureusement que pour remonter le niveau il y a de très bons reportages sur Arte, Fr5, Fr3 et Fr2 !
– Les fictions, la petite roulette russe de la soirée ! Autant certaines peuvent êtres intéressantes, autant d’autres peuvent être une épreuve pour nos pauvres petits cerveaux ! Je pense particulièrement à un extrait de fiction que j’ai entre-aperçu un soir : une fille de 15ans qui porte des strings et qui rêve de coucher avec un mec dans une salle de cours ! Et ceci de manière à faire croire à tous que les jeunes de maintenant sont comme ça, et que c’est normal. Mais sérieux, et ça se veut représentatif de la société actuelle ? Dans ce cas-là je sors d’une autre époque !

Mais quels effets sur la société et à quoi est due cette accoutumance ?
Et bien, cette surexposition permanente à l’immoralité, à la violence, à la grossièreté et à la pornographie (car oui, pour certains contenus ce n’est plus de l’érotisme, mais de la pornographie la plus primaire!) a un effet sur la société.
La grossièreté par exemple. Vous avez surement  déjà dit à un moment des jurons que vous n’aviez jamais prononcé avant, car vous l’avez entendu plusieurs fois dans votre entourage ? Et bien c’est pareil. Et pour tout.
Mais pourquoi la télé n’a pas un effet de catharsis comme le théâtre à l’Antiquité ?
Cela a surement un rapport avec le fait que nous passons beaucoup de temps devant la télé, ou à regarder des programmes, alors que le théâtre est beaucoup moins fréquenté, et qu’un spectateur n’y passe pas la journée. Nous sommes donc « habitués » à ces images qui, à force, nous paraissent normales. Lorsqu’on voit des personnes insulter et déranger les passants (ou carrément les emmerder, on a -presque- tous connu ça) à la télévision, pourquoi s’en offusquer quand on vois la même chose dans la rue ? La télévision est tellement inscrite dans notre vie que ce qu’on y voit nous paraît être la réalité et d’une certaine manière la règle à suivre.
De plus la course aux émotions fortes que se font les différentes chaines pour essayer d’obtenir le plus d’audimat possible (car c’est bien connu, plus le client a d’émotions fortes, plus il est content et a des risques de revenir, c’est comme pour les parcs d’attractions) inhibe en quelques sorte nos sentiments. C’est comme quand on mange beaucoup et qu’on a aimé, après on en veut encore beaucoup, et ainsi de suite… A force de voir des atrocités, on y devient moins sensible…

L’un des effets pervers de la télé, c’est aussi que le fait que dès qu’on le veuille, on considère que ce qui s’y passe n’est pas réel. Ce qui s’est passé lors de la première diffusion des images des attentats du 11 septembre 2001. Certains ont préféré croire que c’était un canular, plutôt qu’affronter l’horreur -cette fois-ci réelle et donc insupportable- qui s’étalait sur leurs écrans.
Mais croyez-vous que les enfants savent faire la différence entre la réalité et la fiction à la télévision ? Je ne crois pas. Alors laisser des enfants regarder la télévision sans surveillance et trop longtemps, cela ne dois pas les aider à se faire une correcte idée du monde, ni a respecter des notions simples comme le respect.

Un moment il faut arrêter ce gâchis, réagir, et se dire que les valeurs de respect et de politesse que les anciens avaient ce n’étaient peut-être pas pour rien. Et que les émotions décrites dans certains « vieux » romans ne sont en définitive pas si niaises, mais bien plus « pures » que celles que nous bassinent à longueur de temps les médias.

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3 réflexions sur “L’accoutumance aux émotions

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