Rémi Gaillard, le sexe est libre, mais pas la critique

Comme une bonne partie de l’internet le sait, une vidéo de Rémi Gaillard est sortie hier. Et il n’est pas peu dire qu’elle a fait polémique.
Je ne suis pas particulièrement Rémi Gaillard, c’est un youtubeur dont je regarde les vidéos de temps en temps. En voyant les réactions sur mon twitter, je suis allée voir de ce qu’il en retournait.

Depuis, la vidéo a été bloquée pour les moins de 18 ans, et a entraîné une réaction de son propriétaire.

Publication faceboook de Rémi Gaillard le 29 mars 2014

Publication faceboook de Rémi Gaillard le 29 mars 2014

Face à ce post, j’ai donc publié ceci :

« sans que les prudes et les cons n’aient le droit de nous emmerder. »
Wow, que de jugements cinglants !
Je n’ai pas aimé cette vidéo, ceci fait de moi une conne ? Pourtant, ça fait des années que je suis tes vidéos, j’ai passé de très bons moments à les regarder avec des amis, tu as bien peu d’égards pour ce qui t’ont soutenu mais qui désapprouvent (à tord ou à raison) cette vidéo.

Je ne l’ai pas aimée. C’est pourtant le fil directeur de tes vidéos que de duper des inconnus.
Mais, ce que j’ai vu en la regardant, ce n’est pas une blague potache. C’est la représentation de ce dont toute femme a peur. L’illustration de l’utilisation de notre corps à nos dépends. Notre corps détourné en objet sexuel.
Nous avons la triste habitude d’entendre des commentaires du genre « ah, je me la ferais bien celle-là » « si je le pouvais, je la pendrais direct contre un mur ». Ces phrases, répétées, répétitives,nous heurtent.
Tu l’as illustré.
Comment pouvais-tu croire qu’il n’y aurait pas de réaction négative ? AU contraire, tu devais parfaitement le savoir. Et savoir que ce bad buzz te ferait des vues.

Je ne veux pas faire la morale, c’est juste qu’au lieu de se cacher derrière des remarques arrogantes face à des personnes ayant exprimé leur réaction négative sur la vidéo, il aurait mieux fallu exprimer son point de vue et le pourquoi de la vidéo.

En espérant avoir été claire, bonne fin de journée.

 

Maintenant que je suis sur un espace d’expression plus « large », je vais approfondir mes propos.

Cette vidéo a lancé une bataille « culture du viol » vs « liberté de l’humour »
Les commentaires se limitaient en deux parties (en caricaturant à mort, de « c’est trop drôle, je suis mdr » à « nan mais c’est du n’importe quoi c’est de l’incitation au viol ! »

Mais je ne me fie jamais à ce qu’on me donne au premier abord.

J’ai regardé la vidéo le plus partialement possible, après m’être mise dans le contexte des vidéos de Rémi Gaillard.
Mais non, ce n’est pas passé.
Cet homme a fait sa carrière en se mettant dans des situations absurdes et/ou en piégeant des inconnus.
Là, il piège des femmes. Ça reste dans le thème habituel de ses vidéos.
Le problème ? Il les piège en mimant un acte sexuel avec elles.
Et ça, ça ne passe pas.

Pourquoi ?
Parce qu’en ces femmes (toutes jeunes et attirantes), d’autres femmes se reconnaissent, et des hommes y voient leur amie/femme/soeur. Et ce n’est pas une place où on aimerait voir sa personne ou des proches.
Le sujet du harcèlement ordinaire est souvent débattu sur internet. Des femmes sont régulièrement victimes de remarques désobligeantes (parce que non, nous dire qu’on est bonne N’EST PAS un compliment) et là, c’est tout simplement leur illustration.
Dans les commentaires, on peut lire que comme c’est fait par illusion d’optique, « ça ne compte pas ». Mais bien sûr.
Il joue virtuellement avec le corps de femmes qu’il ne connait pas, mais comme c’est à distance, et pour l’ « humour », ça ne compte pas.
Non, ça reste strictement la même chose. Il joue avec le corps de femmes contre leur gré. Il suffit de voir leurs réactions quand elles s’en aperçoivent pour le comprendre.

Parmi les commentaires, il y avait celui-ci :

Ceux qui y voient une « culture du viol », soignez-vous. Ne pas faire la différence entre de la baise et du viol c’est inquiétant. Et ceux qui y voient du sexisme, faites la même vidéo en inversant les sexes, ça passera tout de suite mieux.

Donc, pour lui, ce que fait Rémi Gaillard dans sa vidéo, c’est de la baise. Sur des personnes non-consentantes. D’accord, tout va bien.

En ce moment, dans ma tête.

Quand à changer les protagonistes de sexe, ça ne transformerait en rien au reproche général. Ce serait quand même jouer avec le corps de quelqu’un de non consentant. (Je crois qu’arrivé à ce point là, il serait intéressant de rappeler que le viol d’homme par une femme existe aussi !)

J’attendais, j’espérais même, une explication de Rémi Gaillard sur sa vidéo, sur le sens qu’il fallait lui donner, et ce qu’il a publié sur Facebook n’est pas du tout ce à quoi je m’attendais. Pour lui, ce qui n’ont pas apprécié sa vidéo sont des «prudes» et des «cons», parce qu’à son avis, sa vidéo est correcte et qu’il y a bien pire, comme des vidéos avec «exécution d’êtres humains, cruauté envers des animaux, les Anges de la Télé réalité, etc.»
Donc, ses détracteurs sont cons, et n’en n’ont rien à faire des gros problèmes dans le monde, ce sont juste des rageux qui ne servent à rien.
Bien Joué Rémi Gaillard.
Franchement, bravo, tu as réussi à perdre beaucoup de tes fans de la première heure, et ta crédibilité.

 

 

Edit : Rémi Gaillard a ensuite affirmé sur les réseaux sociaux avoir demandé à chacune de ces femmes après la prise de vue s’il pouvait utiliser ces images d’elles. Toutes les séquences de sa vidéo ont donc été approuvées par ces femmes.

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Être dehors, seule.

Il m’arrive souvent sur internet de tomber sur des témoignages de femmes ayant subi du harcèlement. A chaque fois, j’essaye d’analyser, de retirer les réflexes à avoir en cas de harcèlement, etc… Et fatalement je me dit : »Heureusement que ça ne m’est jamais arrivé ! »
Oh wait.
Ça m’est arrivé.

L’année dernière, vers le mois de mai, il faisait un temps superbe chez moi. Du coup, un samedi, je traînais en robe longue (car il faut pas déconner, même si il fait super beau, chez moi, il y a du vent) et talons. Soudain, mon meilleur ami m’appelle, et me propose de passer l’aprèm chez lui, ce qu’on fait dès que possible, lorsqu’on a du temps de libre. J’ai envie de bouger, j’accepte.
Je pars donc à pied, le prévenant comme d’habitude que j’arrive dans dix minutes, le temps de faire le trajet devenu habituel au bout de dix ans à le faire régulièrement.
Il fait vraiment beau dehors, j’ai même un peu chaud. Comme à mon habitude, je mets mes écouteurs avec du Scorpions en aléatoire. Plusieurs de mes voisins de ma rue et de la rue du dessus sont dehors et parlent ensemble. Je m’arrête, échange quelques politesses et nouvelles avec eux, puis repars et remettant mes écouteurs.

Quelques minutes plus tard, je tourne à gauche pour prendre les deux rues qui me permettront d’accéder à la maison de mon ami. Une voiture est garée le long du trottoir. Je la reconnais cette voiture, vitres noires, autocollant sur le coffre, elle est toujours stationnée dans la rue au dessus de chez moi depuis environ un an. Je passe à côté sans y prêter plus attention. Et là, j’entend à travers la musique comme une voix. Je ralenti, et enlève un écouteur.
« -Hé mademoiselle ! »
Oh. Je la connais cette voiture, mais pas son propriétaire. Le seul que je connais qui jeune et susceptible d’avoir une voiture dans la rue au dessus de chez moi et un mec avec qui je jouais étant petite et que j’ai perdu de vue suite à nos études dans des établissements différents.
Pensant qu’il s’agissait de lui, je me penche pour regarder par la fenêtre ouverte. Stupeur, ce n’est pas lui.
« -Salut, ça va ?
– Plutôt oui, mais je ne te connais pas.
– Je suis nouveau ici, et je te vois souvent passer devant chez ma grand-mère. Du coup je ne connais pas trop la ville, tu pourrais me faire visiter ?
– Je ne te connais pas et je suis pressée, mon ami m’attend, je dois y aller.
– Ok, je pourrais avoir ton numéro, comme ça je te recontacte et on se boit un verre ?
– Je ne connais pas mon numéro et je n’ai pas mon portable avec moi. (Non, ce n’est pas DU TOUT la musique sur mon portable que j’écoute!) Au revoir.
Et je suis partie.

J’ai tourné au coin de la rue, marchant rapidement, la musique coupée. J’ai entendu sa voiture redémarrer quand je suis partie. J’ai marché le plus rapidement possible en entendant sa voiture rouler au ralenti derrière moi. Je savais qu’il me suivait. J’ai prit la rue de mon ami. Je savais que la porte de sa maison n’est jamais fermée quand il est là. J’ai donc couru le plus rapidement possible, et ai claqué la porte derrière moi. Je peux encore entendre mes talons claquer dans la rue. Il a tourné lentement dans la rue, et ne me voyant pas, a observé les maisons puis est enfin parti.

J’ai eu toutes les peines du monde à expliqué ce qui s’était passé à mon ami et à son père, aussi présent dans la maison. J’avais peur, je tremblais, et je peinais à trouver mes mots.
Mon ami a passé une bonne partie de l’après-midi à me calmer et à essayer de faire passer ma peur. Le soir, son père m’a ramené chez moi, ne voulant pas me laisser faire seule le trajet du retour.

Pendant plus d’une semaine, j’ai évité de passer par la rue en haut de chez moi, du moins quand j’étais seule. Je faisais des détours, et j’avais la boule au ventre dès que j’approchais de chez moi. Je l’ai encore des fois.

Cet événement, je ne l’ai raconté qu’à très peu de personnes juste après que ce soit arrivé. Mon meilleur ami, son père car il était présent, mon copain de l’époque et ma meilleure amie. Je ne l’ai dit ni à mes parents, ni à ma petite sœur pour ne pas les inquiéter. Et mes parents qu’auraient-ils pu faire ? Je n’ai rien, aucune preuve.

Et je ne supporte pas ce sentiment d’impuissance, de ne pas pouvoir me protéger, de ne pas savoir comment réagir. Quand je sors seule, dans des endroits « à risque » ou que je porte des vêtements comme des jupes ou autres à l’extérieur, j’ai toujours une bombe de laque avec moi. Pour mes cheveux bien sûr. J’emporte toujours mon portable, la batterie la plus pleine possible, au cas où.
Et j’ai peur. Je stresse quand j’entends un ou des hommes marcher derrière moi, quand un homme est trop proche de moi, je baisse les yeux pour éviter d’en croiser d’autres et de laisser croire à une invitation,… Ça peut sembler à une obsession, mais c’est devenu une habitude. A force, je ne remarque presque plus ces petites stratégies d’évitement mises en place pour être le plus invisible possible. Et, des fois, quand je remarque que des mecs parlent de moi, me reluquent, je m’inquiète et je me demande, mais qu’est-ce qu’il y a ? Qu’est-ce que je fais de mal ? Où est le problème ?

J’aimerais que ça change, pouvoir être plus en confiance quand je sors, que les mentalités évoluent. Et j’espère que ça arrivera le plus vite possible. Pour moi, pour celles avant moi, pour celles après moi, pour nous toutes.