Être dehors, seule.

Il m’arrive souvent sur internet de tomber sur des témoignages de femmes ayant subi du harcèlement. A chaque fois, j’essaye d’analyser, de retirer les réflexes à avoir en cas de harcèlement, etc… Et fatalement je me dit : »Heureusement que ça ne m’est jamais arrivé ! »
Oh wait.
Ça m’est arrivé.

L’année dernière, vers le mois de mai, il faisait un temps superbe chez moi. Du coup, un samedi, je traînais en robe longue (car il faut pas déconner, même si il fait super beau, chez moi, il y a du vent) et talons. Soudain, mon meilleur ami m’appelle, et me propose de passer l’aprèm chez lui, ce qu’on fait dès que possible, lorsqu’on a du temps de libre. J’ai envie de bouger, j’accepte.
Je pars donc à pied, le prévenant comme d’habitude que j’arrive dans dix minutes, le temps de faire le trajet devenu habituel au bout de dix ans à le faire régulièrement.
Il fait vraiment beau dehors, j’ai même un peu chaud. Comme à mon habitude, je mets mes écouteurs avec du Scorpions en aléatoire. Plusieurs de mes voisins de ma rue et de la rue du dessus sont dehors et parlent ensemble. Je m’arrête, échange quelques politesses et nouvelles avec eux, puis repars et remettant mes écouteurs.

Quelques minutes plus tard, je tourne à gauche pour prendre les deux rues qui me permettront d’accéder à la maison de mon ami. Une voiture est garée le long du trottoir. Je la reconnais cette voiture, vitres noires, autocollant sur le coffre, elle est toujours stationnée dans la rue au dessus de chez moi depuis environ un an. Je passe à côté sans y prêter plus attention. Et là, j’entend à travers la musique comme une voix. Je ralenti, et enlève un écouteur.
« -Hé mademoiselle ! »
Oh. Je la connais cette voiture, mais pas son propriétaire. Le seul que je connais qui jeune et susceptible d’avoir une voiture dans la rue au dessus de chez moi et un mec avec qui je jouais étant petite et que j’ai perdu de vue suite à nos études dans des établissements différents.
Pensant qu’il s’agissait de lui, je me penche pour regarder par la fenêtre ouverte. Stupeur, ce n’est pas lui.
« -Salut, ça va ?
– Plutôt oui, mais je ne te connais pas.
– Je suis nouveau ici, et je te vois souvent passer devant chez ma grand-mère. Du coup je ne connais pas trop la ville, tu pourrais me faire visiter ?
– Je ne te connais pas et je suis pressée, mon ami m’attend, je dois y aller.
– Ok, je pourrais avoir ton numéro, comme ça je te recontacte et on se boit un verre ?
– Je ne connais pas mon numéro et je n’ai pas mon portable avec moi. (Non, ce n’est pas DU TOUT la musique sur mon portable que j’écoute!) Au revoir.
Et je suis partie.

J’ai tourné au coin de la rue, marchant rapidement, la musique coupée. J’ai entendu sa voiture redémarrer quand je suis partie. J’ai marché le plus rapidement possible en entendant sa voiture rouler au ralenti derrière moi. Je savais qu’il me suivait. J’ai prit la rue de mon ami. Je savais que la porte de sa maison n’est jamais fermée quand il est là. J’ai donc couru le plus rapidement possible, et ai claqué la porte derrière moi. Je peux encore entendre mes talons claquer dans la rue. Il a tourné lentement dans la rue, et ne me voyant pas, a observé les maisons puis est enfin parti.

J’ai eu toutes les peines du monde à expliqué ce qui s’était passé à mon ami et à son père, aussi présent dans la maison. J’avais peur, je tremblais, et je peinais à trouver mes mots.
Mon ami a passé une bonne partie de l’après-midi à me calmer et à essayer de faire passer ma peur. Le soir, son père m’a ramené chez moi, ne voulant pas me laisser faire seule le trajet du retour.

Pendant plus d’une semaine, j’ai évité de passer par la rue en haut de chez moi, du moins quand j’étais seule. Je faisais des détours, et j’avais la boule au ventre dès que j’approchais de chez moi. Je l’ai encore des fois.

Cet événement, je ne l’ai raconté qu’à très peu de personnes juste après que ce soit arrivé. Mon meilleur ami, son père car il était présent, mon copain de l’époque et ma meilleure amie. Je ne l’ai dit ni à mes parents, ni à ma petite sœur pour ne pas les inquiéter. Et mes parents qu’auraient-ils pu faire ? Je n’ai rien, aucune preuve.

Et je ne supporte pas ce sentiment d’impuissance, de ne pas pouvoir me protéger, de ne pas savoir comment réagir. Quand je sors seule, dans des endroits « à risque » ou que je porte des vêtements comme des jupes ou autres à l’extérieur, j’ai toujours une bombe de laque avec moi. Pour mes cheveux bien sûr. J’emporte toujours mon portable, la batterie la plus pleine possible, au cas où.
Et j’ai peur. Je stresse quand j’entends un ou des hommes marcher derrière moi, quand un homme est trop proche de moi, je baisse les yeux pour éviter d’en croiser d’autres et de laisser croire à une invitation,… Ça peut sembler à une obsession, mais c’est devenu une habitude. A force, je ne remarque presque plus ces petites stratégies d’évitement mises en place pour être le plus invisible possible. Et, des fois, quand je remarque que des mecs parlent de moi, me reluquent, je m’inquiète et je me demande, mais qu’est-ce qu’il y a ? Qu’est-ce que je fais de mal ? Où est le problème ?

J’aimerais que ça change, pouvoir être plus en confiance quand je sors, que les mentalités évoluent. Et j’espère que ça arrivera le plus vite possible. Pour moi, pour celles avant moi, pour celles après moi, pour nous toutes.

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2 réflexions sur “Être dehors, seule.

  1. Moi, j’ai été suivie par un vieil homme, pendant des mois. Il était à la retraite, je vendais mes objets à la brocante… Il est resté toute la journée, à faire des allers-retours, autour de mon stand. Il était un peu collant, mais je croyais qu’il allait me lâcher à la fin de la journée. Mais à chaque fois qu’il me croisait dans la rue, il me suivait, pas discrètement, puisqu’il sifflait tranquillement derrière moi. J’entre dans le cinéma, il entre aussi, je vais prendre mon billet de train, il est entre aussi dans la gare…
    Il n’a ni femme, ni enfants, il avait tout le temps de me suivre. Personne ne me croyait, me disant parano ou plaidant la coïncidence. A chaque fois où l’on s’arrêtait (dans le cinéma, la gare…), c’était bien moi qu’il cherchait du regard, et au bout d’un moment, il partait, parce qu’il ne voulait peut être pas éveiller les soupçons à être à un endroit où il ne faisait rien d’autre que me regarder… Futé le harceleur…
    Depuis, je ne peux plus supporter que quelqu’un siffle dans mon dos.
    Puis, il y a toutes ces fois où on m’a draguée plus ou moins lourdement: « je connais pas la ville, tu me file ton numéro pour qu’on la visite ensemble? », « t’aimes le reggae? ».
    Il y a aussi toutes ces fois où un vieux pervers m’a maté… Il n’y a pas que les jeunes qui sont mal élevés, mais les vieux c’est pire, leur âge leur donne l’impression d’une supériorité par rapport à nous, jeunes femmes, et personne n’ose insulter un vieux en public… C’est dur de sortir en ville sans sentir les regards sur ton derrière (certains ne s’en cachent même pas!), sans se faire siffler ou accoster… Je fais comme toi (sauf pour la laque), c’est terrible d’avoir honte d’être une femme dans un pays où l’on est censé être aussi libre et respectée que l’homme.

  2. Tu es bien loin d’être la seule à avoir mis au point ce genre de stratégies… Je ne mets jamais mon casque, je ne marche pas la nuit seule ou alors au pas de course avec ma bombe à poivre dans la main… Mais on en a déjà parlé rapidement avec ton précédent article… Voilà pourquoi moi ça m’affectait, parce que c’est ce genre de gars qui m’inquiètent moi… Je ne relance pas le débat et saute juste sur l’occasion pour prendre un exemple…
    En tout cas je comprend ton malaise, comme la majorité des filles je pense.
    Et moi aussi, j’aimerais que ça change « Pour moi, pour celles avant moi, pour celles après moi, pour nous toutes. »

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