Parler.

Il y a quelques jours, j’ai explosé sur mon twitter. genre bien. Trop de choses cachées, qui me bouffaient.
Alors oui, je reprends ça ici. Parce que merde, j’ai encore des choses à dire. Et désolée, mais je risque d’être vraiment très impolie ce soir.

Hé twitter, il faut que je te parle d’un truc. Parce que j’en ai marre de me taire. Parce que j’en ai marre de me cacher. D’avoir peur.
J’ai été violée à plusieurs reprises par mon ex, sur les deux ans et demi qu’ont duré cette relation.
J’ai eu du mal à comprendre ce que c’était, à mettre les mots dessus.
À vrai dire, ça ne fait que peu de temps que j’ai commencé à mettre les mots dessus.
Parce que c’était mon copain, parce que je l’aimais, parce que c’était normal que j’ai des relations sexuelles avec.
Mais non, c’était faux. Je n’avais pas le choix, je n’étais pas toujours consentante, j’étais soumise.
J’étais manipulée. Je devais me taire, obéir.
Alors oui, à plusieurs reprises j’ai été une de ces connasses qui simulent. Pour qu’il finisse plus vite, qu’il passe à autre chose.
Je suis désolée de vous faire subir ça. De vous l’imposer.
Mais il fallait que je parle. Pour ne plus avoir à porter le poids du secret. Pour ne plus avoir à me cacher.
Et pour que d’autres puissent aussi se sentir moins seul(e)s, et que ce cacher n’est pas une solution.
Et bordel, je remercie JSI de m’avoir aidé à prendre conscience que je n’étais pas la seule. Que je n’étais pas coupable.
Et merci de tout coeur Momo de m’avoir dit tout simplement « tu n’es pas une victime, tu es une survivante ». Merci.
Alors, oui c’est dur, il n’y a pas une heure où je n’y pense pas, mais je crois que je peux guérir. Je peux me battre.
Et je crois aussi qu’on peut tous aider à ce que ce genre de conneries cessent. On peut changer les mentalités. J’y crois du fond du coeur.
Alors excusez-moi de m’énerver parfois rapidement sur des sujets, mais si je le fais, c’est que j’ai mes raisons.
Ah, et Bren, désolée de te l’avoir caché. J’avais peur de te blesser. Que tu ne crois être un mauvais ami parce que tu n’avais pas vu.
Mais tu ne pouvais pas voir. C’est toujours les choses les plus dures que l’on sait le mieux cacher. Alors, s’il te plait, ne m’en veut pas.
Ne t’en veut pas.

Ouaip, c’est la violence.
Et vous n’imaginez pas combien c’est le bazar dans ma tête. Comme j’ai eu du mal à formuler mes phrases lors de ces tweets, et encore maintenant en tapant ces lignes. je tape, mais je ne me relit pas. Parce que c’est tellement difficile pour moi de relire ces mots. De sentir encore et encore leurs significations s’immiscer dans mon esprit.

C’est dur parce que je ne m’en rendais pas compte. Je savais qu’il dépasser les limites. Mes limites. Qu’il me faisait du mal. Mais il était tellement gentil avec moi par moment ! Il disait qu’il m’aimait, que j’étais sa princesse, sa reine. Tellement de mots gentils pour compenser les moins tendres… A m’expliquer que c’était normal que je n’ai pas toujours envie, mais que comme l’on était un couple… A ne pas écouter mes protestations, à passer outre. Et c’était devenu normal. Habituel. Enrobé dans un marasme de paroles mielleuses.
Peut-être que j’aurais pu m’en rendre compte plus tôt. Peut-être que j’aurais pu fuir. J’aurais dû fuir.
Mais je ne pouvais pas. Parce qu’il me tenait mentalement. Il m’avait trop bien vendu son image de jeune homme parfait, qui se fait avoir par des personnes piétinant sans arrêt sa réputation. Il avait réussi à m’éloigner de ma meilleure amie, et à donner l’image d’une tarée mythomane à une autre. Aucune relation proche n’a vraiment été épargnée par ses manipulations et mensonges. Quand j’ai commencé à voir sa carapace se fissurer pour laisser entrapercevoir l’homme violent qu’il était, j’étais déjà bien seule. Sans compter qu’il réparait et lissait à chaque fois sa carapace.

Peut-être que je me cherche des excuses. Peut-être que vous me considérez après ces mots comme une idiote, comme coupable de ce que j’ai vécu. C’est peut-être vrai. Je sais que j’ai été faible. Que j’avais peur aussi. Peur de ce qui arriverai si je résistais. Si je le quittais.

Alors oui, je me suis tue. J’ai tout étouffé au fond de moi. En attendant que ça passe.

Et, un jour, je suis tombée sur un article sur le viol conjugal. Le soir même, tout explosait. Je m’étais reconnue dans le témoignage. Trop de ressentis identiques.

J’ai mis des jours, des semaines à mettre un mot sur ce que j’ai vécu. « Viol ».
Je ne pouvais, ne peux toujours pas, accepter ça.
Je ne veux pas me définir comme une victime. Comme faible. Comme inférieure.

Cette peur, ces souvenirs atroces, me taraudent tous les jours. Parfois, je me retrouve à bloquer, toute seule, à me mettre à pleurer. A tiquer sur un mot, une attitude. Sans comprendre.

Le plus compliqué, je crois, c’est d’arriver en parler. Sans avoir honte. Simplement faire sortir les mots. Que ce soit par écrit ou en parlant. En parler aux personnes que j’apprécie. Sans se sentir diminuer dans leur estime.
En parler aux personnes proches. Celles que je voyais régulièrement à cette période là. Qui le connaissaient. Et  à la famille. Sans qu’ils ne remettent ma parole en question. Sans qu’ils ne se sentent coupable de ne pas avoir su. Sans qu’ils ne me considèrent comme responsables.
J’ai tant d’appréhensions, tant de craintes…

Même si les actes sont atroces, l’après est tellement dur que je ne saurai lequel fait le plus mal.

Je ne sais pas quand je serais guérie. Je ne sais pas quand j’irais mieux. J’espère que ce sera le plus vite possible.

Je suis contente d’avoir un copain, des amis qui me soutiennent très fort, qui m’aident à tenir debout. Je sais que j’ai énormément de chance.

Et je suis contente d’avoir Je Suis Indestructible France dans laquelle m’impliquer. Car contrairement à ce qui peut paraître parfois, elle m’aide beaucoup à avancer. Car je fonctionne énormément par la motivation extrinsèque. Je n’avance pas pour moi, du moins pas complètement. Je préfère bien plus avancer pour que d’autres plus tard ne souffrent pas comme j’ai souffert et comme je souffre encore. Pour que ces crimes diminuent et que ce ne soit plus la victime qui porte la honte sur elle. Je sais que c’est utopique. Mais je veux continuer à espérer que ça s’améliorera. Car c’est ce qui me donne la force d’avancer.

Merci de m’avoir lu jusqu’ici. Merci du fond du coeur.

3 réflexions sur “Parler.

  1. Tout d’abord : bravo, pour ton courage. Vraiment. En parler, c’est refaire une réalité de ce qu’il s’est passé : et c’est douloureux. Alors Bravo.

    Je n’ai qu’une chose à te dire : ne t’excuse pas. « Je suis désolée de vous faire subir ça. De vous l’imposer. », « Je sais que j’ai été faible. » .. Ce sont des mots que tu devras apprendre à ne plus prononcer. C’est la honte et la culpabilité qui parlent à ta place : et elles sont vicieuses, insidieuses, toujours présentes.. je le sais personnellement.

    Alors combat ces pensée de toute tes forces : parce que aujourd’hui, tu as la preuve que tu es plus forte que jamais.

    Je te souhaite bon courage, et bravo encore pour cet article !

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